La graphiste
Le logo parti sans laisser d’adresse
Inès, graphiste indépendante, décroche enfin un rendez-vous avec un prospect sérieux : une jeune enseigne de restauration qui veut « une identité qui claque ». Elle y croit, travaille deux semaines, présente un logo, une palette, un dossier complet. Le prospect remercie, promet de rappeler… puis silence.
Six mois plus tard, Inès tombe en pleine rue sur son logo — ses courbes, sa typographie retravaillée d'un cheveu — peint sur les camions et les enseignes d'une franchise en pleine expansion. Le devis refusé valait 3 800 €. La déclinaison sur des dizaines de points de vente, elle, se facturerait des dizaines de milliers d'euros.
Son avocate lui pose une seule question : « Pouvez-vous prouver que votre version est antérieure ? » Les fichiers sur son disque ? Une date modifiable. L'email de présentation ? Envoyé via une plateforme qui a fermé son compte inactif. C'est sa parole de freelance contre celle d'une enseigne qui a « développé le concept en interne ». Elle renonce.
Avec un dépôt daté de quelques euros effectué le jour de sa présentation, Inès aurait détenu une preuve d'antériorité opposable, vérifiable par n'importe quel tribunal. Le rapport de force aurait été inversé. L'histoire se serait écrite autrement.
Récit illustratif — prénoms et détails fictifs.
Le musicien
Le refrain que tout le monde fredonne — sauf à son nom
Théo compose depuis dix ans dans sa chambre transformée en studio. Un soir, il tient enfin « le » refrain : huit mesures qui restent en tête dès la première écoute. Il enregistre une maquette, la peaufine, et l'envoie plein d'espoir à un producteur rencontré après un concert.
Réponse polie : « Pas dans notre ligne du moment, mais continue. » Un an plus tard, la radio lui coupe le souffle : le single d'un artiste du même label reprend sa mélodie, sa progression d'accords, jusqu'au rythme du texte. Le titre cumule des millions d'écoutes — des droits qui auraient pu changer sa vie.
Théo ressort sa maquette. Mais un fichier audio sur un ordinateur ne date de rien : les métadonnées se modifient en deux clics, et son envoi est introuvable dans la messagerie du destinataire. Aucun moyen crédible d'établir que sa version existait avant. Le dossier n'ira jamais plus loin que le tiroir de son bureau.
Avec un dépôt daté de quelques euros effectué le soir de la maquette, Théo aurait pu établir la date exacte de sa création, preuve à l'appui. L'histoire se serait écrite autrement.
Récit illustratif — prénoms et détails fictifs.
L’autrice
Trois chapitres envoyés, une intrigue envolée
Claire écrit depuis des années, le soir, après le travail. Son roman, elle en connaît chaque virgule : une intrigue originale, une héroïne singulière, une fin qu'elle n'a lue nulle part. Elle envoie synopsis et trois premiers chapitres à une dizaine de maisons d'édition. Réponses types, quand réponse il y a.
Dix-huit mois plus tard, en librairie, un roman très remarqué la fige : même mécanique d'intrigue, même profil d'héroïne, des scènes clés étrangement familières. Coïncidence créative ? Peut-être. Mais le doute la ronge — et avec lui, des années de travail qui semblent ne plus lui appartenir.
Elle consulte. Verdict : son manuscrit dort sur son disque dur, et un fichier Word « créé le » ne prouve rien — cette date se change d'un clic. Ses envois ? Des pièces jointes dont personne n'accusera réception. Impossible d'établir sereinement qui a écrit quoi en premier. Claire range son roman, et n'en enverra plus jamais un.
Avec un dépôt daté de quelques euros effectué avant le premier envoi, Claire aurait détenu une preuve d'antériorité de son manuscrit, vérifiable par n'importe quel tribunal. L'histoire se serait écrite autrement.
Récit illustratif — prénoms et détails fictifs.
Le développeur
L’« associé » qui a lancé l’application tout seul
Malik, développeur, mûrit depuis deux ans une idée d'application : le concept, les écrans, le modèle économique, tout est formalisé dans un document de trente pages. Pour passer à la vitesse supérieure, il cherche un associé business. Un contact chaleureux se présente, multiplie les rendez-vous, demande « le dossier complet pour avancer ».
Puis plus rien. Les messages restent lus, sans réponse. Huit mois plus tard, Malik découvre sur les stores une application au positionnement identique, aux écrans troublants de ressemblance — portée par son ancien « associé », qui lève au passage plusieurs centaines de milliers d'euros.
Malik a tout : le document, les maquettes, les mois de travail. Mais rien qui date de façon incontestable la formalisation de son concept avant leurs échanges. Pas d'accord de confidentialité signé, pas de dépôt, pas de trace opposable. Son avocat est direct : « En l'état, vous n'avez pas de dossier. »
Avec un dépôt daté de quelques euros de son document de conception, effectué avant le premier rendez-vous, Malik aurait pu établir qu'il avait formalisé ce concept le premier. Le rapport de force aurait été inversé.
Récit illustratif — prénoms et détails fictifs.
L’artisane créatrice
Copiée par une grande marque — et accusée d’avoir copié
Louise crée des bijoux dans son atelier : une collection à la signature reconnaissable, nourrie par des années de savoir-faire. Sa boutique en ligne tourne bien, ses clientes la suivent, les salons s'enchaînent. Sa nouvelle collection est son plus beau travail — elle le sent, ses ventes le confirment.
Quelques mois plus tard, une marque de fast-fashion sort une gamme entière reprenant ses formes, ses motifs, jusqu'à la mise en scène des photos. Prix cassés, production de masse. Ses ventes chutent de moitié. Pire : sur les réseaux, des commentaires l'accusent, elle, de copier la grande marque « en plus cher ».
Louise voudrait répondre publiquement, preuves à l'appui. Mais quelles preuves ? Ses photos ont des dates de fichiers modifiables, ses publications d'origine ont été supprimées lors d'une refonte de sa boutique. Face à une marque outillée d'avocats, elle n'a que sa bonne foi. Aux yeux du public, le doute persiste — et c'est elle qui passe pour la copieuse.
Avec un dépôt daté de quelques euros de chaque pièce, effectué avant la mise en ligne, Louise aurait pu établir publiquement la date de ses créations, certificat vérifiable à l'appui. L'histoire se serait écrite autrement.
Récit illustratif — prénoms et détails fictifs.